• Art & Culture

« Nous avons constitué un véritable patrimoine chorégraphique »

29 septembre 2018 - 17h43

Chorégraphe-directeur des Ballets de Monte-Carlo, Jean-Christophe Maillot s’exprime, à la veille du lancement de la nouvelle saison, tout à la fois sur les principaux évènements des prochains mois, mais également plus largement sur sa vision de son art, sur ses méthodes pour mettre en place un calendrier axé autour de manifestations en Principauté mais aussi largement tourné vers l’international. Et ne cache pas sa fierté à l’égard de la structure qu’il dirige.

 

La saison qui s’annonce pour les Ballets s’avère intense et riche. Quels en sont les moments forts ?

Je dirais qu’il y a trois temps forts. Le premier se déroulera les 8 et 9 décembre à la salle Garnier pour un évènement baptisé « En compagnie de Nijinsky » et composé de quatre ballets créés par des chorégraphes différents autour des ballets russes. Il s’agit d’un évènement exceptionnel, et ce d’autant plus qu’il se déroulera en collaboration avec l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo dirigé par Kazuki Yamada. Ce spectacle sera redonné au Théâtre parisien des Champs-Elysées en février 2019. Cette collaboration me plaît vraiment et je dois souligner le plaisir que nous avons à travailler avec Kazuki Yamada, directeur musical et artistique de l’orchestre car, fait rare pour un chef d’orchestre, il montre une vraie passion pour la danse. Il y a donc une véritable synergie, un partage formidable dont profitent nos deux arts. Deuxième temps fort, les Créations, du 25 au 28 avril avec Goyo Montero. Enfin, La Mégère Apprivoisée constituera pour nous un moment particulièrement important car, à l’issue des spectacles des 26, 27 et 28 juillet au Grimaldi Forum, nous réaliserons un film de cette production pour une diffusion internationale. Avec le Monaco Dance Forum et le gala de l’Académie Princesse Grace, ce seront donc les principaux temps forts en Principauté.

 

©DR

 

Il est vrai que vous allez passer une grande partie de l’année en tournée…

Oui, presque tout le reste du temps. Sur 78 spectacles, nous allons en réaliser 60 dans le cadre des tournées ! C’est un choix. Depuis longtemps, nous alternons une année au cours de laquelle nous passons beaucoup de temps à Monaco et une année avec de grandes tournées. Cela répond à une logique. J’attache une importance primordiale au volet création. L’année principalement passée en Principauté est dès lors consacrée à beaucoup de création, l’année suivante, nous exportons ces créations à travers le monde. Par ailleurs, les tournées étant très éprouvantes et fatigantes pour les danseurs, il importe de respecter un temps de respiration et le fait de poser un peu ses valises « à la maison » s’avère important. C’est une recette qui fonctionne bien. Par ailleurs, je ne vous cache pas qu’existe également une raison budgétaire car les tournées coûtent cher.

 

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Mais ces tournées sont un fabuleux vecteur d’image pour Monaco à l’international…

Absolument et nous attachons beaucoup d’importance à cela. Il est, à ce titre, important de souligner que, malgré le nombre important cette année de ces tournées, nous avons été contraints de faire des choix et de les limiter car nous avons plus de demandes que nous ne pouvons réaliser de dates, ce qui prouve à loisir l’image de qualité des Ballets de Monte-Carlo. A force de travail, nous avons constitué un véritable patrimoine chorégraphique que nombre de grands lieux culturels sur la planète se disputent. Et c’est précisément là que se pose cette année une problématique particulière pour nous car nous n’avons que 44 danseurs en lieu et place des 48 habituels pour diverses raisons et nous avons une année plus riche en spectacles que jamais ! Nous avons atteint un niveau de reconnaissance exceptionnel. L’ambition et le défi désormais, c’est de le maintenir. Ce niveau de reconnaissance est tel qu’en plus de 25 ans de carrière en Principauté, je n’ai jamais connu de refus d’un chorégraphe lorsque je le sollicite pour collaborer avec nous. Les Ballets ressemblent ainsi à Monaco : petits par la taille mais connus dans le monde entier. Il existe aujourd’hui, c’est un fait que nous pouvons affirmer, une ambition des danseurs du monde entier pour intégrer les Ballets de Monte-Carlo. Et ce d’autant plus que nous sommes également des révélateurs de talents chorégraphiques qui, ensuite, se voient courtisés par de grandes compagnies.

 

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Vous évoquez les chorégraphes avec lesquels vous collaborez. Comment les choisissez-vous ?

Je privilégie tant la qualité humaine que le talent. Je ne veux travailler qu’avec des personnes dont je suis persuadé qu’elles vont s’entendre avec les danseurs. Je le dis clairement : je n’invite pas de chorégraphe, aussi exceptionnel soit-il dans son métier, qui n’ait de véritables valeurs humaines. Je n’ai jamais cru à la création dans la douleur. Lorsque vous travaillez pendant plusieurs mois en étroite collaboration avec une personne, il est important que les relations se passent bien !

Avec le temps, vous avez également développé des liens particuliers avec certains d’entre eux…

Oui, et cela facilite le travail mais cela peut également devenir un piège : ne plus sortir de sa zone de confort ! En création artistique, il convient de savoir se renouveler, prendre des risques.

 

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Les Ballets sont, en Principauté et à la différence de l’Opéra ou de l’Orchestre, l’une des seules institutions culturelles d’une telle ampleur à ne pas disposer de son propre lieu pour se produire. Un handicap ?

Nous avons la chance, à Monaco, de disposer d’une liberté artistique exceptionnelle et rare. Nous avons également la chance de pouvoir travailler dans d’excellentes conditions avec le support et le soutien de nombreuses personnes y compris au plus haut niveau de l’Etat. Mais il est vrai que les Ballets connaissent une problématique en termes de lieu. Nous devons composer sans cesse avec la disponibilité des différents sites, disponibilité qui tend à s’amenuiser d’année en année compte tenu des très nombreux évènements qui se développent sur le territoire. Le rêve serait donc pour nous de disposer d’un théâtre de dimension modeste, 500 à 600 places. Cela nous permettrait de proposer davantage au public monégasque qui considère souvent que nous ne sommes pas assez présents en Principauté. Ce public a raison même si, malgré les nombreuses tournées, nous privilégions toujours notre public monégasque. Pour le faire davantage, il nous faudrait donc un lieu. Par ailleurs, cela nous serait précieux sur un plan budgétaire car le fait de devoir transporter, installer, préparer, nous adapter, démonter… sans cesse dans des sites différents génère un coût non-négligeable que nous n’aurions pas dans une structure dédiée. Pour la population, nous ne parvenons pas à imposer notre lieu de vie, il existe une problématique d’identification de la compagnie.

 

Georges-Olivier Kalifa

Photo Principale ©Felix Dol-Maillot

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