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Monaco investit dans des fermes solaires

21 décembre 2018 - 15h17

Dans le cadre de sa politique de transition énergétique, le gouvernement et la Société monégasque de l’électricité et du gaz (Smeg), actionnent divers leviers. L’un d’eux consiste à développer et exploiter des actifs de production à l’étranger sous forme notamment de « fermes solaires » produisant de l’électricité par le truchement de vastes superficies de panneaux photovoltaïques. Huit d’entre elles ont ainsi été récemment achetées à l’issue d’un long processus d’audit et de négociation. Un premier pas, comme l’expliquent, de concert, Thomas Battaglione, directeur général de la Smeg et administrateur délégué de la société Monaco Energies Renouvelables (MER) spécifiquement créée il y a un an et Samy Touati, président de M.E.R.

A quels enjeux répond la naissance de M.E.R. ?

Thomas Battaglione : Il s’agit tout à la fois de participer et d’apporter des solutions pour atteindre l’objectif de la neutralité carbone de la Principauté en 2050, comme s’y est engagé notre Souverain dans le cadre du protocole de Kyoto. Par ailleurs, il nous importe de limiter au maximum notre dépendance en matière énergétique dans un contexte de marché de l’énergie incertain. Nous devons donc agir sur deux leviers : la maîtrise de nos consommations et un accroissement de nos capacités de production.

Samy Touati : Sur ce dernier point, il apparaît évident que le seul territoire de la Principauté ne peut suffire à développer des actifs de production suffisants. Il nous faut donc investir hors de nos frontières. MER a pour mission de rechercher les opportunités d’investissement et de développement dans des projets de production d’énergies renouvelables à l’étranger. Nous venons ainsi d’acquérir huit parcs photovoltaïques totalisant une capacité de production de 39 Mégawatts-crête répartis dans sept départements du Sud de la France.

Quelle part de la consommation globale de la Principauté cela représente-il ?

Thomas Battaglione : Ces huit fermes produisent près de 10% de la consommation actuelle de Monaco. Nous voudrions, par l’ensemble des mesures mises en place, atteindre une production couvrant 50% de l’ensemble de notre consommation à l’horizon 2025 et, à terme, 100%. Je ne vois aucune raison objective de ne pas y parvenir.

On le sait, la production d’électricité génère des émissions de CO2 lorsqu’elle n’est pas d’origine renouvelable. Le protocole de Kyoto précise que c’est le lieu de production et non de consommation de l’électricité qui est pris en compte pour le calcul des émissions. Dès lors, ces Mégawatts produits en France ne permettront pas de réduire directement le bilan carbone de la Principauté…

Thomas Battaglione : C’est exact. Mais il importe de se poser les bonnes questions. La préservation de la planète ne doit-elle pas être envisagée hors de notre seul microcosme et donc de nos frontières mais d’un point de vue bien plus global ? C’est, bien évidemment, notre parti pris et notre ambition. Afin de bien comprendre notre approche, il convient d’expliquer qu’en développant des fermes solaires en France et, demain, dans d’autres pays, nous « transformons » en quelque sorte, des actifs de production situés, en l’espèce, en France et basés sur le nucléaire ou le thermique, en actifs de production, toujours basés dans l’Hexagone, mais sous forme d’énergie renouvelable cette fois. Notre contribution à la réduction des émissions de CO2, même modeste à l’échelle mondiale, s’avère bien réelle et directement mesurable.

Samy Touati : Par ailleurs, et bien évidemment, il est dans nos priorités de favoriser notre production locale et c’est précisément ce que nous faisons au travers du développement du photovoltaïque en Principauté, de la thalassothermie, de la mise en place d’un cadastre solaire, de la valorisation de nos déchets par la Société monégasque d’Assainissement ou encore des subventions gouvernementales notamment pour l’achat de véhicules hybrides et électriques. Mais le constat apparaît évident : l’exiguïté du territoire ne permet pas l’autosuffisance. Il nous faut donc rechercher des actifs de production hors de nos frontières.

 

©DR

 

Ces huit fermes préexistaient, il s’agit d’un rachat. Ce qui signifie que l’on ne crée pas de nouveaux actifs et que l’on ne fait pas avancer la cause environnementale mondiale comme vous le souligniez précédemment, mais uniquement la recherche d’autonomie énergétique…

Thomas Battaglione : Si votre constat s’avère exact sur cet exemple précis, votre vision, elle, se veut incomplète. Notre souhait est bien évidemment de construire nos propres actifs de production et l’objet même de la société M.E.R. comprend l’achat d’actifs existants mais également et surtout la prospection de sites à construire. Cependant, ce type de construction nécessite un temps certain et nous voulons agir vite. C’est pourquoi nous avons commencé par l’acquisition de sites « prêts à exploiter » et sommes en recherche active de lieux où nous pourrons mettre en place nos propres installations. Nous avons déjà engagé des démarches pour construire deux nouveaux parcs dans le Sud de la France qui devraient être mis en service en 2020, totalisant 15 Mégawatts-crête de puissance.

Samy Touati : Par ailleurs, il convient d’insister sur le fait que la prospection de nouveaux sites est complexe du fait que nous avons défini et nous imposons des critères contraignants, mais qui répondent à cette notion de développement durable et à une certaine éthique. Par exemple, nous ne nous installerons que dans des lieux qui recueillent le consentement des élus comme de la population. Des sites qui ne viennent pas perturber l’environnement proche…

Cette électricité produite en France demeure soumise à la politique énergétique française en la matière. Quelles garanties, quels garde-fous avez-vous prévus ?

Thomas Battaglione : Sur l’actif que nous venons d’acquérir, nous avons contractuellement encadré le prix de rachat de notre électricité par la France pour les 15 prochaines années, ce qui nous offre une totale garantie.

Quel est le coût de ces investissements ?

Samy Touati : Chacun des deux partenaires, la Smeg et le gouvernement consacre une enveloppe de 30 millions d’euros jusqu’en 2025.

Thomas Battaglione : Il convient également de préciser que ce sont des investissements qui répondent aux critères de rentabilité que le gouvernement et la Smeg se sont conjointement définis. Nous avons réalisé toutes les projections.

Cela signifie-t-il qu’à terme, dans l’hypothèse idéale où ces actifs de production sis à l’étranger, couvriraient l’ensemble des besoins de la Principauté, Monaco pourrait continuer à développer ce type d’investissement ?

Thomas Battaglione : Nous n’en sommes pas là mais il est évident qu’au-delà de cet objectif ambitieux et conjoint avec le gouvernement, la Smeg, en tant qu’opérateur, entend poursuivre sa stratégie de développement sur la production d’électricité. Nous explorerons toutes les voies en ce sens. Nous ne sommes peut-être qu’un petit acteur au niveau mondial mais cela ne nous empêche pas de nourrir de grandes ambitions.

Produire est une chose mais, comme vous l’avez évoqué, l’autre levier consiste en la maîtrise de la consommation. Où en est-on aujourd’hui en Principauté ?

Thomas Battaglione : Il s’agit effectivement d’une grande source de satisfaction : depuis deux ans, nous sommes parvenus à stabiliser la consommation d’électricité à Monaco, et ce, malgré deux années globalement peu favorables sur le plan météorologique. Par ailleurs, nous n’avons pas attendu de développer notre stratégie d’achat d’actifs de production à l’étranger pour lancer des offres basées sur une consommation d’électricité verte produite en France. En 2016, 30% de notre consommation était ainsi fournie en électricité garantie d’origine verte. Ce ratio est passé à plus de 70% par une décision conjointe avec le gouvernement d’en faire bénéficier tous les clients particuliers, et, j’insiste sur ce point, sans modification de tarifs.

 

Georges-Olivier Kalifa

Photo ©GOK

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