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Luciano Orquera : « Pas qu’une histoire de rugby »

22 septembre 2018 - 17h25

L’ex-demi d’ouverture de l’Italie a rejoint l’AS Monaco Rugby cet été, où il entraînera les arrières de l’équipe première. Alors que ses joueurs retrouveront les terrains le 7 octobre prochain, Luciano Orquera s’est confié à La Gazette de Monaco sur le nouveau chapitre de sa vie qu’il s’apprête à démarrer.

 

Le rendez-vous avait été fixé une semaine auparavant, dans les installations du nouveau stade de l’ASM Rugby, quelques minutes avant un entraînement qu’il s’apprêtait à diriger avec Sylvain Masson, entraîneur des avants. A 18h30, comme programmé, c’est un Luciano Orquera chargé d’un sac de ballons qui apparaît devant nous : « On peut faire l’interview sur le terrain, si vous le souhaitez ». Logique, c’est là où il se sent le mieux, lui, l’ancien ouvreur qui a foulé les pelouses du monde entier avec la sélection italienne (48 capes) et ses différents clubs. Son jeu au pied et son altruisme l’ont même conduit à disputer la Coupe du Monde 2011 en Nouvelle-Zélande, terre sacrée du rugby. Sa carrière de joueur définitivement terminée, l’Italo-Argentin de 37 ans (il les aura mi-octobre) est passé de l’autre côté du terrain. Pendant un peu moins d’une demi-heure, Luciano Orquera aura ouvert la boîte à souvenirs et expliqué sa philosophie de jeu, sans jamais botter en touche.

 

Comment s’est actée votre arrivée sur le banc de l’AS Monaco Rugby ?

J’étais dans un premier temps en contact avec Christian Baldacchino, secrétaire du club, puis avec le président Thomas Rique. J’avais déjà un peu échangé avec Ludovic Chambriard, mon prédécesseur (Il a signé en juin avec Saint-Claude, engagé en Fédérale 3, en tant que manager général, NDLR). L’AS Monaco Rugby m’a alors proposé le poste et j’ai accepté avec plaisir.

Qu’est-ce qui vous a poussé dans cette première expérience d’entraîneur ?

C’est un beau challenge pour moi, qui plus est dans un club avec de grandes ambitions. Le cadre était parfait pour une première. (Il réfléchit) Ensuite, j’ai vécu de belles choses en étant joueur et avoir l’opportunité de transmettre tout ce que j’ai appris durant ma carrière était quelque chose qui m’intéressait. J’ai eu l’occasion d’entraîner des U12 lors du tournoi de Sainte-Dévote et j’ai trouvé l’expérience intéressante.

Cette envie de transmettre a-t-elle été toujours évidente ?

La perspective d’entraîner m’intéressait mais je ne savais pas vraiment si cela allait me plaire. Je vois toujours des gens faire certaines choses sans se rendre compte des petits détails qui restent à améliorer. Je veux aider les autres. C’est cet apprentissage que j’affectionne, encore plus lorsque l’on voit le résultat semaine après semaine.

La saison démarrera officiellement le 7 octobre. Ressentez-vous un peu d’appréhension ?

Non, pas particulièrement. Au contraire. J’ai déjà envie d’être à Marseille, le 7 octobre à 15h, pour le lancement du championnat. (Il sourit) Avec Sylvain Masson, nous sommes soudés. Nous essayons de bien faire travailler nos joueurs et nous sentons qu’ils sont confiants. Il faudra voir les résultats et analyser les matchs tout au long de la saison.

Quel type de jeu souhaitez-vous mettre en place ?

A l’entraînement, nous avons limité les zones du terrain pour attaquer et, à l’inverse, les zones dans lesquelles nous ne pouvions pas attaquer. Seulement quelques petites structures de jeu ont été mises en place, avec toujours des options différentes. Si nous parvenons à l’instaurer, ce jeu plaira.

Quels en sont les fondements ?

Le demi d’ouverture et le demi de mêlée géreront le match et bénéficieront de multiples options autour d’eux, pour jouer soit au près, soit au large. Nous souhaitons toujours offrir plusieurs possibilités à celui qui dirige le jeu. (Il mime avec les mains) Nous avons envie que les centres participent beaucoup, de même pour les ailiers et les trois-quarts, qu’ils bougent beaucoup dans tout le camp. Même les avants seront sollicités. C’est l’idée. Mais, comme on le sait, il y a aussi la partie défense, le combat… Pour avoir joué en Fédérale 2, je sais que des équipes vont nous gêner dans les sorties rapides. Nous nous adapterons. Dans tous les cas, il faudra être performant pour mettre ce jeu en place.

L’équipe réserve sera soumise au même système ?

Oui, nous essayons de conserver les grandes lignes de notre projet de jeu. De façon, en cas de besoin, à récupérer des joueurs qui connaissent déjà le système et qui pourront apporter sans être perdus.

 

©J.B.

 

La préparation a-t-elle répondu à vos attentes ?

Nous avons organisé un stage en Italie, pas seulement pour jouer, mais également pour faciliter la cohésion d’équipe. Des joueurs ont rejoint le club cet été, il était important de bien les intégrer dans le groupe. Nous avons travaillé toute la journée, puis une petite soirée était organisée pour resserrer les liens.

Comment jugez-vous votre effectif ?

Bien. Je pense que c’est une équipe avec des qualités pour ce niveau Honneur. Je ne connais pas cette division, je dois encore la découvrir, mais, de ce que je vois à l’entraînement pour mon effectif, c’est pas mal.

Quels objectifs vous fixez-vous ?

Il est clair que l’on vise la montée en Fédérale 3. Personnellement, j’espère que l’on récoltera des résultats de ce que nous entreprenons. Avoir des retours positifs de ce que nous demandons aux joueurs serait très intéressant. Je souhaite également apprendre beaucoup de choses puisque je débute dans le coaching. J’espère me rendre compte d’éventuelles erreurs en cours d’année et, ainsi, me perfectionner dans mon nouveau rôle.

Justement, vous avez côtoyé de nombreux entraîneurs dans votre carrière. Lequel vous a le plus marqué ?

(Il se met à rire) On pourrait faire une belle liste ! J’ai connu plusieurs types d’entraîneurs, avec des approches différentes. J’ai bien aimé Jacques Brunel, qui m’a dirigé en sélection italienne. Pareil pour Olivier Magne, lorsque j’étais à Brive en 2007/2008. Il fut un très bon joueur et m’a beaucoup aidé à cette époque. Mais peut-être que Jacques Brunel avait un message plus clair.

C’est celui dont vous vous sentiez le plus proche ?

J’aimais bien sa pédagogie, je comprenais ce qu’il attendait. J’ai essayé de bien appliquer ses consignes et j’ai parfois eu de bons résultats. J’ai connu d’autres entraîneurs en club, Olivier Magne était peut-être celui avec qui j’ai le plus accroché. Il y a également Ugo Mola, Tim Lane… Beaucoup de coachs. Mais c’est avec Jacques Brunel que j’ai le plus appris. Il m’a beaucoup transmis.

Que pouvez-vous apporter à vos joueurs ?

Ce n’est pas qu’une histoire de rugby. Transmettre cette passion, c’est aussi transmettre certaines valeurs de la vie. Travailler, avoir beaucoup de discipline, de respect pour les autres et savoir que rien n’est acquis. C’est à toi d’aller chercher ce que tu veux réellement. Il faut travailler dur pour atteindre ses objectifs et devenir quelqu’un.

Des valeurs tirées de votre expérience du haut niveau ?

Oui, ça m’a beaucoup aidé. Je savais déjà que rien n’était facile dans la vie. Il faut être à la hauteur à chaque match, puisque, derrière, quelqu’un d’autre pousse pour prendre la place. On se rend compte qu’il y a de nombreux paramètres, comme l’hygiène de vie. Le message à retenir, c’est que, sans discipline, on peut tout perdre. Et cela va très vite.

Vous avez longtemps joué en France. Quelle influence a pu avoir le jeu français sur vous ?

C’était toujours un jeu de continuité. J’ai aussi évolué en Pro12 et Pro14 avec des équipes anglo-saxonnes, où c’était plus structuré. Avoir eu cette expérience m’a permis de comparer les deux et d’adapter mon jeu en conséquence.

Cette victoire sur le XV de France en 2013, c’est votre meilleur souvenir ?

C’était peut-être mon meilleur match, oui. (Il sourit) Le tournoi des VI Nations est un autre de mes grands souvenirs. Je le trouvais beaucoup plus intéressant à disputer qu’une Coupe du Monde.

À ce point ?

Il y a une ambiance énorme à chaque match, les stades sont pleins. En Coupe du Monde, c’est seulement à partir des quarts de finale que cela devient intéressant. Avant les phases à élimination directe, il y a peu d’affluence. Dans le même style, en jouant cinq ans à Brive, je me suis beaucoup attaché à la ville qui était imprégnée par le rugby. Dès que je sortais, je parlais avec les supporters. On me reconnaissait. Quand vous vous sentez attaché à une ville, vous donnez peut-être plus en match. J’étais intégré, je jouais pour le club mais je jouais aussi pour la ville.

Gardez-vous toujours un œil sur les résultats de l’Italie, sélection pour laquelle vous avez servi durant 11 ans ?

Oui, bien sûr. Le premier tournoi des VI Nations ou les premiers matchs que j’ai regardés après ma retraite, c’était très dur. Je me disais : « J’y étais il y a encore quelques mois et, là, je suis sur le canapé ». C’est toute une routine qui manque : l’hôtel, la semaine avant le match… Mais ça passe. Cela a mis un peu de temps, puis je suis devenu un vrai supporter. Je suis d’ailleurs allé voir leur match contre la France à Marseille, en février dernier.

L’arrêt d’une carrière est souvent assimilé à une « petite mort du sportif ». C’est brutal comme rupture ?

Cela dépend. Oui, parce que tu sens que tu es sur la pente descendante et tu dois accepter que tu n’es plus au niveau. Si tu acceptes cette fatalité, c’est déjà plus simple que si une grave blessure te prive de ta passion. Quand tu arrives à la fin de ton cycle, c’est tout à fait normal. J’ai moi-même connu ce sentiment. J’ai compris que je n’étais plus au niveau et j’étais dans l’esprit de laisser la place à des jeunes plus motivés. Tout le monde doit avoir sa chance. J’ai eu la mienne des années plus tôt. C’est un cycle.

Vous êtes né et avez grandi en Argentine. Est-ce que la possibilité de jouer pour les Pumas vous a effleuré l’esprit ?

Mes grands-parents maternels étant italiens, j’ai la double nationalité. Avec l’Argentine, j’avais participé à des stages d’observation en U19, il me semble. Il y avait de très bons joueurs, j’avais fait quelques sélections mais je n’avais pas été pris. J’avais également connu quelques sélections en rugby à VII. Puis j’ai eu l’opportunité de partir et je ne regrette absolument pas.

Quelle image du Luciano Orquera « joueur » espérez-vous avoir laissé aux supporters ?

J’ai toujours donné ce que je pouvais et essayé de m’amuser sur le terrain. Je souhaitais toujours être positif et content. J’espère que les gens ont pris du plaisir en me regardant sur un terrain. Quoiqu’il en soit, j’ai toujours aimé jouer.

 

Jérémie Bernigole et Délia Dupouy

Photo Principale ©RC

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