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Lucas Allner, un Monégasque en Haïti pour l’ONU

26 mai 2019 - 11h14

En poste en Haïti dans le cadre d’une mission pour le maintien de la paix, Lucas Allner est aujourd’hui le seul Monégasque employé directement par l’ONU. Le jeune homme de 36 ans, passionné par son métier, décrit son parcours riche et original.

Depuis quand êtes-vous en poste en Haïti ?

J’ai été recruté par l’ONU à Port-au-Prince en novembre 2017 comme directeur des ressources humaines de la Mission des Nations Unies pour l’Appui à la Justice en Haiti (MINUJUSTH). Il s’agit à la fois d’appuyer la continuation de la professionnalisation de la police nationale, de renforcer les institutions judiciaires et pénitentiaires et d’assurer la promotion et la défense des droits de l’Homme. Le pays connaît une grave crise socio-politique, en outre les Haïtiens sont encore traumatisés par le terrible tremblement de terre de 2010… Je l’ai bien senti quand il y a eu un tremblement de terre plus limité il y a cinq mois, les employés haïtiens de l’ONU que je côtoie ici étaient sous le choc…

Etes-vous installé durablement en Haïti ?

Ma mission se terminera en octobre 2019. La plupart des contrats de travail de l’ONU ont des durées déterminées. En 2014, au Mali, je travaillais aussi pour le maintien de la paix. Al Qaïda est très présent au Nord du pays… J’ai travaillé pendant un an sur le sujet du viol comme arme de guerre. On constate que, de manière systématique, les belligérants se livrent au viol des populations civiles pour provoquer un climat de terreur et imposer leur présence. Notre mandat avec les casques bleus était de protéger les civils. Nous avons aussi organisé un grand débat sur les violences basées sur le genre en invitant des femmes éminentes de la région. C’était logistiquement très compliqué à organiser, mais nous y sommes parvenus. Après le Mali, j’ai travaillé en 2015 en Côte d’Ivoire pour aider pendant quatre mois aux efforts de maintien de la paix. Puis en République centrafricaine où la mission mettait en place des réseaux d’aide aux victimes de violences sexuelles.

Comment fait-on face à une telle violence au quotidien ?

C’est vrai que nous sommes très exposés, il y a beaucoup de collègues casques bleus civils et en uniforme qui périssent au service des Nations Unies loin de leur pays et de leur famille… Pour résister à la pression, nous avons des conseillers qui ont une formation de psychologues spécialisés dans les conflits armés. Nous passons des tests médicaux avant d’être engagés sur le terrain pour vérifier notre santé physique et psychique. L’ONU nous offre aussi un répit d’une semaine régulièrement (huit semaines en Haïti) : je reviens souvent à Monaco. Après ma mission de neuf mois en République centrafricaine, je suis rentré à New York et j’ai travaillé durant un an et demi dans le département des ressources humaines de l’ONU. Après deux ans de terrain, c’était bien de faire une pause.

Aviez-vous effectué initialement des études pour travailler dans une organisation internationale ?

Non, pas du tout, après un Bac S, j’ai fait des études d’ingénieur informatique. J’avais depuis l’enfance des facilités avec les ordinateurs… J’ai d’abord intégré l’ESIEA à Ivry. Grâce au programme ERASMUS, j’ai étudié ensuite neuf mois en Finlande dans un programme d’électronique embarquée. Après quoi j’ai fait un master en intelligence artificielle à l’Université de New York (NYU). J’ai été rapidement engagé par IBM comme consultant. J’étais envoyé dans des grandes banques d’investissement pour améliorer leur système informatique. Je me retrouvais essentiellement dans les banlieues de grandes villes américaines, et ce n’était pas passionnant. Le salaire avait beau être confortable, j’ai ressenti un jour une « épiphanie » : il fallait que je trouve un travail qui me corresponde mieux. J’ai postulé pour un doctorat à l’université de Columbia et pour un poste aux Nations Unies en même temps. J’ai obtenu des réponses positives pour les deux : j’ai choisi l’ONU. Tout de suite, je me suis senti à ma place : j’aime cette ambiance cosmopolite. Et puis les gens qui travaillent à l’ONU veulent sincèrement que le monde aille mieux. Ça me parle.

Vous envisagez d’y rester encore longtemps ?

Il y a une infinité de possibilités aux Nations Unies, je pourrai y faire toute ma carrière, oui. Cependant, les missions sur le terrain sont dangereuses. Je ne me vois pas fonder par exemple une famille en Haïti. Le jour où je ne serai plus célibataire et où j’aurai des enfants, je me vois bien revenir vivre à Monaco…

Vous y avez de fortes attaches ?

Je suis né à Monaco. Mon père est franco-américain, mais ma mère est monégasque depuis plusieurs générations. Mon arrière-arrière-grand-père, César Settimo, a fait construire les immeubles de la place d’Armes en 1890… Enfant, je vivais en banlieue parisienne, mais je revenais environ quatre mois par an en Principauté. Oui, j’aimerais bien un jour vivre dans un des plus beaux endroits du monde et cesser de me faire tirer dessus ! Monaco m’a donné une bourse pour étudier à New York, j’aimerais un jour rendre à la Principauté ce qu’elle m’a donné et me mettre au service de mon pays.

Propos recueillis par Clara Laurent

 © Leonora Baumann / UN / MINUJUSTH

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