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Eric Elena : « Monaco mérite un club féminin au plus haut niveau »

23 novembre 2019 - 10h14

Le président monégasque de 57 ans dresse un large panorama de l’évolution du MBA, des premiers entraînements sur un playground à Menton au rêve d’une professionnalisation qui ne demande qu’à se réaliser…

Quel bilan tirez-vous des dix premières années d’existence du MBA ?

Il est fabuleux. A nos débuts, nous n’aurions jamais imaginé atteindre de tels résultats. C’est une progression énorme. Lorsque nous étions au plus bas niveau, en départemental préexcellence, il était difficile de se dire qu’on serait aux portes du professionnalisme dix ans plus tard. Nous pensions même que le projet s’essoufflerait après deux ans, sauf que la motivation a toujours été là !

Qu’est-ce qui a été le plus compliqué ?

Notre accession en Nationale 3. L’aide du gouvernement n’était pas à la hauteur de nos espérances et, pour la première fois, j’ai douté de la survie du club. Je me demandais comment nous allions faire. Une réunion d’urgence était organisée dans la foulée de l’annonce. Martine, mon épouse, a pris la parole : « Nous n’avons pas fait tout cela pour s’arrêter maintenant. » Elle a financé notre saison !

Sans cette aide, c’était la fin du MBA ?

J’ai vraiment cru que tout allait s’arrêter. C’était un moment difficile. Mais ce qui fait la beauté d’une aventure, c’est de se battre et de croire en ses rêves. Nous nous battons constamment et recensons de plus en plus d’aide. Avec le temps, on s’est forgé une carapace et c’est compliqué de nous atteindre. Nous sommes tellement concentrés sur nos objectifs que rien ne nous éclabousse.

De quoi résulte la création du club ?

Nous sortions d’une élection perdue à l’ASM. Tout devait s’arrêter pour moi car je ne suis pas quelqu’un qui rentre systématiquement dans le conflit. Un mois après l’élection, j’ai réuni tous ceux qui se sont présentés, dont Sophie Agliardi. C’est cette mère de famille qui a eu l’idée de créer un club. Sur le moment, j’ai souri. Au pire, que risquait-on ? Ce n’était qu’une lettre adressée au gouvernement ! Un mois après, nous recevions une réponse positive. Je la remercie pour cette idée folle et, finalement, géniale ! En même temps commençaient les problèmes. (Il sourit)

 

© Philippe Magoni

 

Pourquoi ?

J’ai fait une demande de créneau, qui a été refusée la première année. Nos cadets allaient donc s’entraîner à Nice le mercredi après-midi, sur un demi-terrain. C’était toute une organisation ! Nous avons aussi fait pas mal d’entraînements sur un playground à Menton. Tous ces petits problèmes, au lieu de nous déstabiliser, nous ont soudés. Ce que l’on ressentait comme une injustice a motivé tout le monde. La première année a été exceptionnelle, les filles n’ont pas perdu en Championnat et ont été éliminées en 1/16e de finale de Coupe de France. A ce jour, je crois que l’on est toujours le seul club du plus bas niveau français à avoir réalisé un tel parcours en Coupe. C’était énorme. J’ai d’excellents souvenirs en départemental préexcellence, quand on jouait le dimanche matin à 8h30 à Grasse, dans une salle où seuls les croissants étaient chauds !

En lançant le club, n’y avait-il pas, au fond, une volonté de concurrencer l’ASM ?

C’est un peu facile de dire que le MBA a été monté pour contrer l’ASM. La guerre existait lorsque j’étais encore au club et qu’on avait deux visions différentes. Dès lors que j’ai quitté l’ASM, il n’y avait plus de guerre. Je respecte tout le monde. Les gens pensent que l’on est en conflit permanent. Absolument pas ! J’ai de très bons rapports avec des personnes du bureau de l’ASM, parce que le basket est notre passion. C’est dommage que certains n’arrivent pas à passer làdessus.

Sur quoi repose l’équilibre du MBA ?

Son mode de fonctionnement. Il n’y a pas beaucoup de dirigeants mais ils sont très investis. Surtout, chacun respecte le travail de l’autre. En tant que président, je n’interviens pas sur le terrain. Je porte une confiance absolue en Olga Tarasenko pour l’équipe première. D’ailleurs, l’an dernier, quand on fait ce départ catastrophique (quatre défaites en cinq rencontres) et puis qu’on recommence à gagner, Olga me dit : « Je crois que n’importe quel président m’aurait mis la pression. Toi, au contraire, tu m’as encouragée. » Humilité, esprit de famille et proximité sont dans l’ADN du MBA.

Votre succès s’expliquerait donc par le soutien et le respect dont vous faites preuve entre membres du club ?

C’est primordial, en tout cas. Hormis l’entraîneur de l’équipe fanion, tout le monde est bénévole, voire presque plus puisque certains engagent leurs deniers personnels pour aider le MBA. C’est le meilleur exemple pour illustrer ce qui fait notre force.

Qu’apporterait votre professionnalisation à la Principauté ?

Je reste convaincu que Monaco mérite d’avoir un club féminin au plus haut niveau. Le football est en train de travailler dessus, comme le volley et le rugby. J’espère déjà que le MBA montera en Ligue 2 en fin de saison, cela voudrait dire que le club deviendrait professionnel. Ce n’est pas pour autant que l’on partirait dans la démesure. Si le MBA devient une locomotive pour les autres clubs féminins de la Principauté, Monaco ne pourra qu’être le grand vainqueur de ce mouvement.

Vous en tireriez une grande fierté, en tant que Monégasque ?

Bien sûr, même si je suis déjà fier de voir ce que le MBA a accompli depuis sa création. On a remporté des Championnats, un Trophée Coupe de France à Paris-Bercy… Cela représente sept ou huit trophées en dix ans d’existence ! En 2016/2017, la saison du doublé, nous avons récupéré notre trophée à l’assemblée générale de la Ligue. Tout le monde s’est levé et nous a applaudis. Certains étaient là depuis des dizaines d’années alors qu’on existait depuis sept ans, et ils nous ont aidés et soutenus. Je suis content, aussi, de donner une image « simple » de Monaco. La Principauté fait rêver mais nous restons accessibles.

 

© Philippe Magoni

 

Qu’est-ce qui manque au MBA pour franchir une nouvelle étape ?

Un budget à la hauteur de ce que l’on réalise. Ce serait bien que l’on soit un peu plus serein financièrement.

Et concernant l’Annonciade, où vous évoluez ?

J’adore cette salle de l’Annonciade. Il s’agit, certes, de la plus petite de notre division, mais ce n’est pas celle où il y a le moins de bruit. Contre Le Poinçonnet, le 5 octobre, il devait y avoir 250 personnes ! Quand vous allez à Roanne, avec sa salle de 5 000 places, cela vous fait rêver. Cela viendra, il faut être patient. Avec les années, on a déjà fait évoluer l’Annonciade. Il y a encore quelques améliorations à faire, forcément, à commencer par installer du parquet. Mais je remercie l’Education nationale qui est toujours à l’écoute de nos besoins. Isabelle Bonnal et toute son équipe font un très bon travail. Nous avons beaucoup de chance.

Jusqu’où peut aller le MBA ?

Je le dis souvent en riant mais je l’espère : on doit aller décrocher les étoiles et accéder à la première division. Nous avons mis dix ans pour gravir tous ces échelons et, aujourd’hui, il nous reste les deux plus durs.

Et si cela arrive dès l’an prochain ?

Nous monterons avec beaucoup d’humilité, en gardant les pieds sur terre et en restant à notre place. Et ce sera le cas tant que je serai président.

Financièrement, c’est réalisable ?

Il faudrait que quelqu’un nous aide mais, oui, je pense que c’est possible. Nous ne changerons pas notre manière de faire. Un budget de Ligue 2, c’est le double d’un budget de NF1. C’est dur à trouver, mais ce n’est pas énorme non plus. Je crois que l’on peut faire quelque chose de bien avec 500 000 euros. Dire, aujourd’hui, que j’ai des solutions, ce serait mentir. En revanche, j’ai beaucoup d’idées. Cela peut venir de l’extérieur de la Principauté, même si ce sera encore plus dur. Nous n’avons pas le choix. Si certaines sociétés de Monaco prennent conscience qu’il y a quelque chose à faire et que c’est un moyen de mettre les femmes à l’honneur, dans un club sans demande financière énorme, nous les accueillerons avec plaisir.

Peut-on rêver d’une Roca Team féminine ?

Ce serait réellement génial. Monaco est le seul club à pouvoir concurrencer l’ASVEL. Tony Parker a tout racheté, garçons comme filles sont au plus haut niveau. L’AS Monaco Basket a déjà les garçons, j’espère qu’ils iront au bout cette année. Je me mets à la place du président Dyadechko. C’est beaucoup de travail et c’est bien de toucher au but. Il le mérite, on sent que c’est quelqu’un de passionné, ça le touche. Quelqu’un m’a déjà lancé cette idée d’une « Roca Team Girl ». Cela nous permettrait d’avoir deux équipes en Elite. Cela tirerait le basket français vers le haut, aussi. On y croit. Pour l’instant, ce n’est qu’un rêve. Espérons, un jour, que cela devienne réalité !

Vous avez toujours été à la tête du MBA. Vous voyez-vous encore longtemps à ce poste ?

Le bureau a été réélu fin 2018 pour trois ans. Peut-être s’agira-t-il de mon dernier mandat. Cela fera 12 ans et il y aura un besoin de changer de dynamique. Cela ne veut pas dire que j’abandonnerai le club, simplement que je me mettrai en retrait. On ne peut pas rester pendant des années à la tête d’une association et croire que personne ne peut faire mieux que soi. Donc j’aimerais vraiment qu’un jeune prenne la suite. Je ne me fais aucun souci pour le futur, des jeunes arrivent dans le club et s’investissent. Le principal, c’est d’offrir le meilleur au MBA.

Propos recueillis par Jérémie Bernigole

© Philippe Magoni

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