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ASM Football féminin. André-Pierre Couffet : « Nous savons où l’on va et avec qui »

8 juin 2019 - 16h46

Le président de l’AS Monaco Football Féminin en est convaincu : le développement de son club, qui compte dans son entourage Jean Petit, Louis Ducruet ou encore Thomas Giaccardi, passe par l’intérêt porté par ces personnalités et par une communication soignée et efficace.

C’est dans le bureau de l’AS Monaco Football Féminin, au fond d’un couloir du rez-de-chaussée du stade Louis-II qu’André-Pierre Couffet nous a reçus durant plus d’une heure. Responsable du développement, Thomas Martini, fidèle lieutenant qui travaille sans relâche, était présent à ses côtés, n’hésitant pas à prendre la parole pour apporter des précisions. Alors que la fin de saison approchait, le président félicitait ses joueuses, allant de l’équipe réserve qui « aurait mérité mieux » aux U18 qui « ont survolé leur Championnat », sans oublier les U15 qui « ont connu de très bons résultats ». Quant à l’équipe fanion, elle a fini 3e de Régional 1 (troisième division) et doit encore jouer la finale de la Coupe Côte d’Azur contre l’OGCN, le 14 juin. Mais l’actualité chaude, c’est la Coupe du monde féminine qui a débuté le 7 juin. Et si l’on écoute André-Pierre Couffet, qui attend 10 à 20% d’augmentation des licences, pas sûr que la fête soit si belle à Nice, théâtre de six rencontres…

Comment jugez-vous la saison de votre équipe phare, engagée en Régional 1 (troisième division) ?

A-P.C. : Très bien pour moi, un peu moins pour l’entraîneur qui pensait peut-être accrocher les barrages d’accession en division supérieure. Quand vous êtes du côté sportif, vous souhaitez remporter le Championnat, c’est normal. Je m’attendais plus à titiller les premières places, ce qui demeurait notre objectif. Il a été atteint. On est sur une évolution constante afin que, l’an prochain, on puisse décrocher ces barrages et gagner le Championnat.

Carrément ?

A-P.C. : Au moins, les objectifs sont annoncés ! (Il rit)

Qu’est-ce qui vous a manqué cette année ?

A-P.C. : Une victoire contre le 10e, Carros, en décembre dernier. On a perdu 1-0 chez nous dans un non-match. Cela nous a coûté trois points… et c’est justement le total qui nous a manqué pour les barrages ! J’aurais finalement préféré terminer à quatre points de cette place. Nous n’aurions pas eu de regrets !

Mais il y avait des cadors en face de vous…

A-P.C. : L’OGC Nice joue les barrages chaque année, nous le savons, et la réserve de l’Olympique de Marseille est l’épouvantail de la Régional 1. C’est une équipe qui joue soit avec des jeunes, soit avec des joueuses de deuxième division. Alors, certes, le règlement est respecté, mais cela fausse totalement le Championnat. Contre nous, l’OM aligne sa meilleure équipe alors qu’elle ne peut prétendre à une montée à cause de son statut. Mais quand vous regardez le résultat de nos trois rencontres face à Avignon (2e), vous pouvez voir qu’on a toujours gagné. L’ASM FF est au moins au niveau d’Avignon, voire plus haut.

Vous aviez établi un projet sur quatre ans. Où en est-il ?

A-P.C. : La première partie se termine cet été. Nous repartons sur le second volet, « ASM FF 2 », dès la saison prochaine avec la montée en D2 et l’ambition d’aller le plus haut possible. On va tout mettre en œuvre pour y arriver.

Quel type de joueuse ciblez-vous ?

A-P.C. : Je n’en parle pas tant que ce n’est pas signé. (Il sourit) Ces six ou huit filles ont joué en D2. Je touche du bois. Je suis très confiant, notamment par l’intérêt qu’elles nous portent, c’est drôle. Des filles descendent de niveau pour aider Monaco à monter.

Comment l’expliquez-vous ?

A-P.C. : Par le très gros travail effectué au niveau de la communication et de la détection. Lorsqu’une fille vient chez nous, elle fait un entraînement et est logée une nuit à l’hôtel par le club. Cela permet de montrer nos infrastructures et la région. Le discours du coach est important. A la fin de l’entraînement, toutes les parties discutent avec la joueuse. Si tout convient, Thomas (Martini, responsable du développement) cherche un logement, un travail voire une école, ce qui permettra à la joueuse de descendre l’esprit tranquille. Il est hors de question que l’on prenne une personne si elle n’a pas un minimum ici.

Vous en avez fait l’expérience ?

A-P.C. : Oui, on a eu trop de problèmes avec des filles qui souhaitaient venir à tout prix, et qui, finalement, se retrouvaient à dormir dans leur voiture. Elles doivent nous fournir plusieurs informations, comme l’adresse de résidence et de travail. Une joueuse qui est épanouie dans sa vie personnelle le sera également sur le terrain.

Qu’en est-il de Stéphane Guigo, l’entraîneur ?

A-P.C. : Il va poursuivre, il est entraîneur général de l’ASM FF et s’occupe de l’équipe première. Il restera avec nous le plus longtemps possible, j’espère. Il a été contacté par une équipe de D1, a été pressenti aussi pour créer la section féminine de Caen, mais Stéphane veut rester avec nous. Il fait du très bon travail, je ne vois pas pourquoi on s’en passerait.

En mars dernier, Jean Petit, grand nom de l’AS Monaco FC, a rejoint le projet du club. Une montée en D2, cela passe par des partenariats et des conseils d’anciennes gloires du football ?

A-P.C. : C’est obligatoire dans notre évolution d’avoir des personnes attachées à Monaco et l’ASM, même si c’est une entité différente. Jean Petit a des conseils à tous les niveaux et un carnet d’adresses très rempli. C’est un personnage, son aura nous aide et il devrait normalement devenir directeur sportif l’an prochain.

C’est d’ailleurs lui qui a entrepris la démarche de vous contacter.

A-P.C. : « Jeannot », tout le monde le connaît. Quand on a su qu’il était intéressé, on a ouvert la porte ! Louis Ducruet est également devenu notre ambassadeur. D’autres personnes nous ont rejoints, comme l’avocat Thomas Giaccardi. Pour viser haut, on s’entoure des personnes adéquates et qui ont envie de venir. D’ailleurs, on ne va chercher personne, parce que sinon les gens se sentent obligés.

Sur quoi porte votre prolongation de partenariat avec Peace and Sport ?

A-P.C. : On augmente les échanges avec eux, dans le but de mettre en place des exercices pour le développement du football dans tous les pays avec le minimum de matériel disponible. On était déjà présent sur le Forum, mais nous souhaitons aller plus loin dans la communication, sur les échanges et les évènements. L’ASM FF franchit un cap avec eux.

D’autres partenariats verront le jour à terme ?

A-P.C. : Nous avons beaucoup de projets. On est en discussion pour certains, alors que d’autres sont presque finalisés.

Le développement en Asie, dont il a été question en décembre lors d’une soirée de présentation, fait partie de quelle catégorie ?

A-P.C. : (Il sourit, puis se retourne) Thomas, tu veux dire un mot ?

Thomas Martini : Il y a deux pistes importantes. Le Japon, d’abord, avec Louis Ducruet. Toujours à travers l’université, la convention de partenariat existe toujours et, cette année, nous avons obtenu le statut d’athlètes de haut niveau pour les joueuses, même au niveau régional. Puis, sans trop en dévoiler, la seconde piste mènerait en Chine. On travaille sur cette belle opportunité que l’on nous a présentée. Le projet, dans sa globalité, est très intéressant, il n’y a pas d’aspect financier ou quoi que ce soit. On est vraiment sur quelque chose de plus construit, sur du long terme.

Votre travail de communication fonctionne ?

A-P.C. : Oui, et nous irons de plus en plus loin puisque notre développement passe par cela ! Nous avons diffusé trois matches cette année sur notre WebTV, l’objectif est d’intensifier la retransmission.

T.M. : On aura besoin du capital humain pour tout amplifier, afin que ce soit efficient sur tous les réseaux. Si nous avions les moyens de recruter, on le ferait car la com’ est très importante à notre niveau. Sur Twitter, l’ASM FF est dans le Top 8 des clubs de D1, D2 et R1 réunis, en termes d’abonnés ! Notre page Facebook est régulièrement fréquentée, on reçoit des demandes de clubs et de joueuses. Notre travail de communication nous permet même d’avoir des partenaires à travers la France. On en compte sur Nantes, Paris, Lille, et on travaille actuellement pour la Belgique.

A-P.C. : Cela nous encourage de voir que les personnes adhèrent à ce que l’on fait. Tous les objectifs fixés il y a quatre ans ont été réalisés, les premiers partenaires ont pu le constater. Nous savons où l’on va, et avec qui.

Monaco en D1 féminine, vous l’imaginez ?

A-P.C. : Chez les garçons, vous avez Lyon, Paris, Marseille, Monaco, Saint-Etienne… Chez les filles, les mêmes entités sont présentes, sauf Monaco. Les gens nous demandent d’ailleurs pourquoi l’AS Monaco n’a pas de section féminine.

C’est une perspective qui vous plairait ?

A-P.C. : Je suis bénévole. Si l’ASM FC englobe l’ASM FF, cela ne me dérange pas, c’est pour la faire évoluer, mais je veux simplement protéger les personnes qui ont fait grandir ce club. Il est hors de question de filer le bébé et dire : « Faites-en ce que vous voulez ». Je ne me suis pas battu pendant 15 ans pour m’en débarrasser.

Plus concret, le coup d’envoi de la Coupe du monde féminine en France est donné le 7 juin. Des actions sont-elles prévues autour du club ?

A-P.C. : C’est très compliqué. (Il se redresse) Cela fait plus d’an et demi que l’on travaille là-dessus. Il y a eu un désintéressement de la ville de Nice pour cette Coupe du monde. Pourquoi ? On ne sait pas trop. Des actions seront menées, c’est sûr, mais lesquelles… (Il s’arrête) Pour faire quelque chose, il faut des autorisations de la ville et Nice est très réticente. Pourtant, la FIFA comme la Fédération française voudraient qu’il y ait beaucoup de choses…

Cela vous révolte ?

A-P.C. : Il n’y a qu’à Nice qu’on voit cela. On a un déficit au niveau du remplissage du stade par rapport aux autres villes, alors qu’on a de belles rencontres. La communication a été très mal engagée dès le départ, les clubs étaient plus ciblés que les non-initiés.

Vous attendez-vous, malgré tout, à une augmentation des licences ?

A-P.C. : Oui, de l’ordre de 10 à 20%. On se prépare depuis un an et demi au District, mais à l’ASM FF, nous n’avons pas la capacité d’accueillir beaucoup de joueuses.

Parce que vous devez vous rendre à Blausasc pour jouer ?

A-P.C. : Oui, on a déjà des problèmes à garder nos filles chez les U18 et celles qui ne sont pas véhiculées et qui ne peuvent compter sur l’aide des parents. C’est notre plus gros problème. Les infrastructures à Blausasc sont très bien, on est content. De toute façon, toutes les solutions sont onéreuses. Des catégories risquent de sauter si le Moneghetti vient à disparaître. Mon travail, c’est me battre pour avoir des créneaux pour les entraînements et les matches. On veut bien développer, mais on les fait jouer où, nos filles ? J’ai des rendez-vous partout, mais ça n’avance pas trop. Peut-être que le jour où l’on annoncera qu’il n’y a plus de football féminin sur Monaco…

 

Propos recueillis par Jérémie Bernigole et Margaux Boscagli

© Marcello Foto

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