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Annabelle Jaeger-Seydoux : « Nous avons un certain nombre de projets dans les tuyaux ! »

22 avril 2019 - 10h52

Dans le cadre de la transition énergétique de la Principauté, deux boucles thalassothermiques sont actuellement en cours à La Condamine et au Larvotto. Cette technologie, employée depuis plus de 50 ans en terres monégasques, a fait ses preuves. Annabelle Jaeger-Seydoux, directrice de la Mission pour la Transition Energétique (MTE), revient sur l’état d’avancement du projet, qui s’inscrit dans les engagements pris par Monaco lors de la COP21 de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) et d’interdire le fioul pour les bâtiments en 2022.

Dans quel cadre ce projet de deux nouvelles boucles thermiques, l’une à La Condamine et l’autre au Larvotto, est en train de voir le jour ?

La MTE est le service coordinateur de cette nouvelle aventure du déploiement de boucles. C’est un projet, porté par le gouvernement qui fédère plusieurs services du département de Marie-Pierre Gramaglia, déjà inscrit dans les scénarios que l’on a présentés aux Nations-Unies et conforme à notre engagement COP21 de réduction de 50% des émissions de gaz à effet de serre pour 2030 et de neutralité carbone en 2050. Pour être crédible, nous avons formulé un certain nombre de propositions d’actions dont le développement des boucles thalassothermiques afin de palier au chauffage au fioul dans nos bâtiments, dont l’interdiction sera effective en 2022. Un tiers de nos émissions de GES provient de l’énergie des bâtiments ! Il ne suffit pas d’interdire mais de proposer une solution alternative. C’est ce que l’on vise avec ces deux boucles de La Condamine et du Larvotto pour aller alimenter, malheureusement pas la totalité mais, la plupart des bâtiments qui fonctionnent au fioul en Principauté. Les trois-quarts des bâtiments ciblés dans le scénario de ces boucles se situent au Larvotto, le reste à La Condamine. Au total, on en dénombre une quarantaine parmi lesquels les plus gros consommateurs de fioul.

Où en est l’élaboration de la boucle de La Condamine ?

Il y a des choses qui sont à l’étude et il y a des choses qui ne le sont plus. Concernant la boucle de La Condamine, son premier cheminement est non seulement arrêté mais il est en cours de réalisation par les Travaux Publics. C’est ce que l’on peut actuellement observer au pied du bâtiment de la Sûreté publique. Il s’agit d’une petite boucle, qui a vocation à être étendue et va permettre le chauffage et la climatisation du quartier (rue Princesse Antoinette, rue Notari et rue Suffren Reymond, N.D.L.R.) avec en première ligne, les bâtiments du port, ceux du centre administratif et de la Sûreté publique. Les travaux du Musée de l’Automobile de la Darse Nord nous permettent d’aller faire les pompages et également de faire communiquer la boucle avec le Stade nautique Rainier III.

Et celle du Larvotto ?

Il y aura évidemment une dorsale sur toute la longueur de la plage, ce qui va nous permettre d’alimenter d’une part l’extension en mer, d’autre part l’ensemble des commerçants en bord de mer, mais cela, je dirais, est presque anecdotique par rapport aux bâtiments fiouls, qui sont placés sur cette dorsale ou au-dessus, et que l’on ira chercher avec des perpendiculaires, jusqu’au boulevard d’Italie. Nous visons clairement le Château Périgord, qui est le plus gros consommateur de fioul de la Principauté ! On ne le pointe absolument pas du doigt mais c’est factuel. Des bâtiments publics et privés sont aussi concernés et très franchement nous ne faisons pas la différence, notre objectif étant de cibler les consommateurs de fioul.

Pouvez-vous schématiser le principe de la thalassothermie ?

Par exemple, sur la boucle du Larvotto, nous irons chercher l’eau à 80m de profondeur où l’on va trouver une eau assez stable à 13°C. Elle est acheminée jusqu’à un échangeur thermique connecté à la boucle d’eau douce tempérée. Celle-ci est elle-même connectée aux pompes à chaleur qui convertissent l’énergie marine en température adéquate pour le chauffage, la climatisation et l’eau chaude sanitaire. Une fois utilisée, l’eau de mer est rejetée. A ce sujet, une importante étude a été réalisée par la direction de l’Environnement en 2015, Optima-Pac, sur les rejets de l’eau de mer et a conclu à des effets négligeables sur la faune et la flore.

Si les bâtiments au fioul sont principalement ciblés en premier lieu, peut-on imaginer que les projets en cours, à l’instar de Testimonio II, puissent être raccordés ?

C’est tout à fait envisageable de faire un complément avec la boucle pour Testimonio II. Il serait intéressant de coupler les énergies puisque sur un bâtiment neuf, vous avez davantage de potentiel en termes d’énergies renouvelables avec par exemple le recours à la géothermie, ce que vous ne pouvez pas faire en rénovation. Evidemment, nous avons un certain nombre de projets dans les tuyaux, mais je ne peux pas vous les communiquer à ce stade, car cela va faire partie de l’appel d’offres que nous sommes en train de finaliser.

Quand est-ce que l’appel d’offres doit avoir lieu et quelle est la suite du calendrier ?

Le lancement de l’appel d’offres est prévu après l’été. Ensuite, toute la procédure jusqu’au choix final du concessionnaire devrait s’achever au deuxième trimestre 2020. Les études et travaux de réseaux ont déjà démarré. L’objectif est de tout finaliser pour fin 2021, pour un raccordement des bâtiments en 2022. Nous visons l’été car l’on ne peut pas changer les chaudières en plein hiver.

Avez-vous une idée du coût estimé pour ces deux boucles ?

De cet appel d’offres va dépendre le prix que l’on espère intéressant. C’est un appel d’offres concurrentiel pour avoir la meilleure qualité prestation de services possible. Il couvre de l’installation des réseaux, à la maintenance et au service apporté aux bâtiments qui s’y raccorderont. Le rôle de concessionnaire sera d’estimer, compte tenu de l’infrastructure mise en place, du potentiel et de l’évolution qu’il souhaite donner aux réseaux, combien de bâtiments il peut raccorder en supplément des bâtiments au fioul, cible prioritaire. L’autre objectif que l’on fixera au concessionnaire sera de vendre une énergie plus compétitive, à un prix inférieur à celui du gaz ou au coût de la climatisation individuelle. A Monaco, plusieurs sociétés ont mis en place des pompes à chaleur (PAC), c’est donc un savoir-faire assez bien partagé.

Comment ces futures installations vont-elles fonctionner en comparaison de celle de Fontvieille ?

Contrairement à la boucle de Fontvieille, où l’unité de production du centre de valorisation des déchets fournit la chaleur, nous allons faire de la production décentralisée, c’est-à-dire que chaque bâtiment aura sa PAC. En revanche, le local de pompage et l’échangeur thermique vont donc se situer à un seul endroit, qui n’a pas été arrêté de manière définitive, mais qui sera forcément sur les quais ou en bord de mer. Au Larvotto, nous avons la chance d’avoir la conjugaison du chantier du complexe balnéaire qui démarre en octobre prochain, au sein duquel on intègrera le local de pompage et l’échangeur thermique dans une galerie technique.

Combien de PAC sur eau de mer recense-t-on sur le territoire ? 

Nous en comptabilisons 80 ! D’où l’intérêt de développer des boucles… En réalité, nous nous retrouvons plongés dans cette technologie qui est parfaitement mature ! Nous avons beaucoup de contacts avec les syndics de bâtiments au fioul pour leur expliquer la démarche et l’on a souvent besoin de rappeler à quel point il s’agit d’une technologie parfaitement répandue à l’échelle du territoire : il y a eu le Stade nautique Rainier III en 1961, puis le Musée océanographique, les établissements de la SBM ou encore la boucle de Fontvieille en 2013… C’est donc largement utilisé mais cela manque un petit peu de notoriété. Ce sont également des technologies que nous avons participé à développer. Les équipes de Marseille, qui ont créé la boucle Thassalia, sont venues en Principauté observer leur fonctionnement et elles s’en sont largement inspiré.

Quels sont les avantages à leur recours sur le plan écologique ?

Un des grands avantages de la boucle est celui concernant la production de froid, ce qui n’est pas possible avec du gaz naturel. La problématique du froid est très importante pour nous en termes de GES, les climatisations individuelles étant malheureusement en forte croissance. Cela représente 7% de nos émissions d’après les chiffres de 2016. Notre pic de consommation en Principauté se situe à midi aux mois de juillet et août ! La boucle peut donc répondre à cette problématique du froid. Il est aussi vraiment intéressant de voir que lorsque l’on passe du fioul au gaz, on réduit les émissions de GES de 30% et quand on passe du fioul à la boucle de thalassothermie, on les réduit de 85% ! A l’échelle de la Principauté, c’est tout à fait significatif.

A contrario, quels sont les inconvénients que l’on peut opposer ? 

Les inconvénients sont d’ordre physiques. On peut tirer quelques dorsales pour aller raccorder des bâtiments qui sont un peu surélevés, ce n’est pas du tout impossible, mais cela nécessite d’autres échangeurs thermiques avec un rendement qui n’est pas toujours optimum. Il ne s’agit pas de raccorder l’ensemble de la Principauté avec cette technologie. Cela nous oblige donc à envisager d’autres solutions, notamment sur les niveaux plus élevés, telles que la géothermie couplée aux panneaux solaires.

Propos recueillis par Délia Kriel

©DK

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